Fortifications : dispositions insolites ou méconnues… (4)

Si, dans notre billet, il était question de fortifications et portes, ces dernières recèlent encore de nombreuses curiosités… C’est l’objet de ce quatrième billet qui aurait pu s’intituler : Fortifications - Du jeu du chat et de la souris.

En effet, dans tous les ensembles fortifiés de quelque importance, l’intendance occupe une place essentielle, au moins sous la forme d’une cuisine et d’une boulangerie. Elle contribue de manière décisive — au moins autant que les approvisionnements en munitions — à la capacité de résistance d’une fortification, i. e. à s’assurer un haut niveau d’autonomie lorsque les circonstances l’exigence. 

À cet effet, il s’agit également d’entreposer et de s’assurer de la bonne conservation des victuailles et, tout particulièrement des céréales nécessaires à la fabrication de la farine. Las, la chose n’est pas aussi aisée qu’il n’y paraît et, en temps de paix comme en temps de guerre, il faut faire face à un ennemi des plus redoutable : les rongeurs !

Certes, on peut recourir pour certaines denrées a des solutions éprouvées telles que suspendre les aliments, conserver dans la saumure, etc. Cependant lorsqu’il s’agit de tonnes de céréales, ingrédient indispensable à la production du pain qui représentait alors une part essentielle dans l'alimentation, la chose devenait bien plus complexe.

Les aliments et ingrédients d’usage courants se révèlent cependant d’autant plus vulnérables qu’il faut pouvoir y accéder rapidement pour assurer un volume de production souvent important. Il importe alors de trouver un compromis entre accessibilité et protection (en particulier, contre les rongeurs)

Une solution classique voire universelle consiste à créer des locaux de stockage proche du lieu de production offrant un minimum de contrôle des accès.
C’est ce que l’on peut observer dans la boulangerie du Fort du Queyras où on accède au local de stockage — où sont entreposés farine et al. —à l’aide d’une échelle.


Fort du Queyras (Alpes) — Boulangerie & manutention


Fort du Queyras (Alpes) — Boulangerie : les fours (à G) & le local de stockage auquel on accède à l'aide d'une échelle à partir de la boulangerie.
Cette solution n’est cependant pas facile à mettre en œuvre en toutes circonstances et, face aux rongeurs, on peut s’appuyer de longue date sur un allié de choix : les chats !

C’est un choix qu’ont adopté de manière assumée les Allemands et dont trouve la trace, insolite, dans nombre de leurs fortifications.
En effet, de manière presque standardisée, sont aménagées dans la partie inférieure des portes des chatières plus ou moins sophistiquées.

Ici un exemple plus élaboré datant de la première moitié du 19eZitadelle Cyriaksburg (Erfurt) — sous la forme d’une chatière pouvant être obturée si le besoin s’en faisait sentir.


Cyriaksburg (Erfurt) — Boulangerie, locaux de stockage & chatières

Plus proche de nous, un second exemple pouvant être observé dans la boulangerie de guerre « Kriegsbäckerei » de Neuf-Brisach. En effet, dans les portes datant des années 1880, on trouve un dispositif similaire sous la forme de chatières bien plus sommaires : une simple ouverture découpée dans le bas la porte.


Porte de Colmar, Neuf-Brisach — Boulangerie de guerre "Kriegsbäckerei". Portes est. [état mai 2015]
Porte de Colmar, Neuf-Brisach — Boulangerie de guerre "Kriegsbäckerei". Portes int. [état mai 2015]
Nota : Ne cherchez pas (plus) cette porte à Neuf-Brisach puisque, depuis les travaux du mois de juin 2015, cette porte a été définitivement condamnée et n’est désormais plus visible :-(


Ce « jeu du chat et de la souris » et ses avatars architecturaux dans les fortifications s’inscrivent sans conteste avec bonheur dans ces quelques billets !




PS : Pour couper court à toute extrapolation inappropriée, les ouvertures basses dans les portes du type illustré ci-dessous ne correspondent nullement à des chatières :-)

I. Stp. Heiteren (Neuf-Brisach)

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